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L’incidence de la psychose et le contexte socioculturel : Une étude internationale dans 17 sites


JAMA Psychiatry, January 2018 Volume 75, Number 1

 

Introduction

Il semble très plausible qu'il y ait une variation de l'incidence des psychoses à travers le monde. Néanmoins, les auteurs rapportent qu’il y’a peu de connaissances sur la nature et l’étendue de cette variation. L'étude historique des dix pays de l'Organisation Mondiale de la Santé publiée en 1992, a comparé l'incidence des patients  traités pour une  psychose dans plusieurs contextes socioculturels dans différents pays.

Les auteurs ont été surpris par le fait de trouver des taux similaires de troubles schizophréniques dans des régions urbaines et rurales différentes de plusieurs pays (Inde, Japon, Europe et Amérique du nord). Ils ont constaté que ces résultats «ne se prêtaient pas facilement à une interprétation», et d’ailleurs, Ils n'ont  pas affirmé que la schizophrénie a la même incidence à travers le monde. Une revue complète d’un grand nombre d’études a conclu que l’incidence de la schizophrénie variait de manière considérable selon les régions .Cependant, il n'y a pas eu d’autres tentatives à ce jour pour démontrer la variation de l'incidence de la psychose dans une seule étude de plusieurs pays utilisant des méthodes comparables dans chaque pays. Dans cette perspective, les auteurs ont mené cette étude internationale très originale.

Méthode et objectifs

C’est une étude destinée à comparer les taux d'incidence de tous les troubles psychotiques dans 17 régions de 6 pays de l’Europe de l’Ouest ( Espagne , Italie , Angleterre , Pays bas….etc. ). L'étude a inclus 2774 personnes avec des troubles psychotiques détectés au moment de la consultation dans un service de santé mentale. Les données socio-démographiques ont été également recueillies (âge, sexe et race /statut de minorité ethnique…).De plus, l'étude constitue une partie intégrante d'une initiative scientifique plus vaste axée sur les interactions gène-environnement.

Résultats et discussion

Les résultats de cette étude étaient intrigants et assez surprenants. Les auteurs rapportent une variation importante (10 fois)  des taux d’incidence des troubles psychotiques entre les différentes régions de ces pays, allant de  6,3 à 61,4 cas pour 100 000 personnes-années chez les personnes âgées  de 18 à 64 ans.  Cette incidence a été réduite à environ 8 fois, après avoir pris en compte l'âge, le sexe et le statut de minorité raciale / ethnique.

 Cette étude diffère de celle de l’OMS par une moindre diversité des régions, car elle a inclus les pays de l’Europe de l’ouest. Cela réduit les contrastes socioculturels, et rend l'étude plus facile à examiner pour mesurer  les dimensions du contexte social qui pourraient expliquer la variation des taux d’incidence entre ces pays. La stabilité sociale (évaluée par le critère d’être propriétaire d’un logement) était corrélée à une faible incidence de psychose. Des résultats inattendus ont été retrouvés, le chômage considéré comme indicateur indirect de la privation sociale a été associé à une faible incidence de psychose dans les différents pays, ce qui n’était plus le cas après ajustement pour le critère d’être propriétaire d’une maison. 

La densité élevée de la population n’a pas été associée à des incidences élevées de psychose en Espagne, Italie et dans tous les sites combinés. Cependant la densité de population était associée à l’incidence des troubles psychotiques en Angleterre et aux Pays-Bas. Une possibilité pourrait être envisagée, supposant que les contextes socioculturels de l'Espagne et de l'Italie sont distincts.  Par exemple, l'Espagne a des niveaux relativement élevés de chômage et de possession de logement, et ces deux variables sont généralement corrélées entre elles en Europe de l’Ouest. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi le chômage était lié à une incidence plus faible dans les différents pays avant l’ajustement pour le critère d’être propriétaire d’un logement. Les auteurs ont conclu que plusieurs paramètres de l’étude n’ont pas pris en compte l’hétérogénéité importante du contexte socioculturel des différents sites de ces pays.

Les auteurs ont trouvé des difficultés dans l’interprétation de certains résultats, et ils ont été préoccupés par le fait que les taux d'incidence généralement faibles en Italie et en Espagne (6,3-21,5 cas pour 100 000 personnes-années) peuvent être sous-estimés, même si l’accès aux services de santé mentale dans la zone métropolitaine de Madrid n’est pas limité.

En outre, La durée médiane remarquablement basse de la psychose non traitée à Madrid (2,5 semaines) est surprenante, car elle est inférieure à tous les autres sites, qui avaient une durée médiane de psychose non traitée de 8 semaines.  Les auteurs émettent l’hypothèse que le recueil des données au niveau provincial a pu influencer les résultats.

L’autre paramètre qui a pu interférer avec les résultats est le fait les auteurs ont modifié l'approche de l'étude des dix pays de l'OMS, qui visait à identifier le premier contact de traitement des psychoses dans n'importe quel type de service de santé.  Cette étude a couvert uniquement les contacts avec les services de santé mentale, ce qui a probablement conduit à une diminution des taux d’incidence dans certaines régions. Il peut être difficile d'identifier l’incidence de toutes les psychoses traitées, même avec une approche plus large de la collecte des données. Il est donc possible que cette étude  a sous-estimé l'incidence à des degrés variables.

 Malgré tous ces facteurs interférents, les auteurs estiment qu’il est probable qu’une grande partie de cette variation d’incidence inexpliquée soit réelle, et qu’elle pourrait être expliquée en partie par les différences socioculturelles non  encore identifiées entre ces régions. Il y’a des preuves solides actuellement, qui suggèrent que les expériences sociales influencent le développement du cerveau, et jouent un rôle dans l’apparition de la psychose.  Les résultats de cette étude soulignent la nécessité de continuer à affiner les théories et les mesures des relations entre les facteurs environnementaux socioculturels et les psychoses.

Conclusion

Ces résultats renforcent l'importance de l'intégration des neurosciences développementales et  la génomique à la recherche socioculturelle, afin d’étudier les interactions entre les gènes et l'environnement. À l'instar de l'étude des dix pays de l'OMS, cette étude soulève plus de questions que de réponses. Des efforts internationaux sont nécessaires pour explorer comment la variation socioculturelle des différents environnements peut être associée à l'incidence de la psychose.

                                                                                                                             

Dr Ouazzani Youssef

                                                                                                                             Service de Psychiatrie

                                                                                                                             CHU Hassan II Fès

                                                                                                                             Le 21/01/2018


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