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L'efficacité clinique et la rentabilité de la lamotrigine dans le trouble de la personnalité limite: un essai randomisé contrôlé par placebo


American journal of psychiatry. August 2018

 

Introduction :

Le trouble de la personnalité limite est un trouble mental grave qui se caractérise par des changements soudains et pénibles de l'humeur, des relations sociales instables et une grande impulsivité. Les niveaux d'abus de substances, d'auto-agressivité délibérée et de suicide sont élevés chez les personnes atteintes de ce trouble. Bien qu'aucun médicament n'ait été officiellement approuvé pour le traitement du trouble de la personnalité limite, les personnes atteintes de cette maladie reçoivent des ordonnances chargées, contenant dans 90% des cas des médicaments psychiatriques et dans les  deux tiers des cas des antipsychotiques à long terme.

Les changements rapides d'humeur sont l'un des signes distinctifs du trouble de la personnalité limite. Cela a suscité un intérêt pour la possibilité que les thymorégulateurs, prescrits chez les bipolaires, puissent également aider les personnes atteintes de ce trouble.

Les recommandations actuelles  sur le traitement du trouble de la personnalité limite préconisent l'utilisation des thymorégulateurs  pour le traitement de l'impulsivité et des comportements d'automutilation.

La lamotrigine est un antiépileptique qui a été approuvé pour le traitement du trouble bipolaire. Il est relativement sûr en cas de  surdose et moins tératogène que d’autres stabilisateurs de l'humeur. La preuve que la lamotrigine pourrait prévenir les rechutes dans le trouble bipolaire à cycles rapides, le rend particulièrement digne de test chez les personnes atteintes d'un trouble de la personnalité limite.

Deux petits essais randomisés ont rapporté une réduction de l'impulsivité et de la labilité affective chez les patients traités par la lamotrigine par rapport à ceux traités par un placebo inactif. Cependant, les deux étaient des études préliminaires, et ils ont examiné uniquement les effets à court terme.

Méthodes :

Il s'agit ici d'un essai randomisé multicentrique, en double aveugle, contrôlé par placebo. Entre juillet  2013 et novembre 2016. Les auteurs ont recruté 276 personnes âgées de 18 ans ou plus qui répondaient aux critères du diagnostic du trouble de la personnalité limite. Les personnes présentant un trouble bipolaire ou une psychose, celles prenant déjà un stabilisateur de l'humeur et les femmes à risque de grossesse ont été exclues. Un service de randomisation sur le Web a été utilisé pour répartir les participants au hasard dans un rapport 1:1 afin de recevoir soit un placebo inactif, soit jusqu'à 400 mg / jour de lamotrigine. La mesure principale était le score sur l'échelle de notation Zanarini pour le trouble de la personnalité Borderline (ZAN-BPD) à 52 semaines. Les mesures secondaires comprenaient l’évaluation des symptômes dépressifs, l'automutilation délibérée, le fonctionnement social, la qualité de vie liée à la santé, l'utilisation des ressources et les coûts, les effets secondaires du traitement et les événements indésirables.

Résultats :

Un total de 195 participants (70,6%) ont été suivis jusqu’à  52 semaines. 49 (36%) des patients dans le groupe lamotrigine et 58 (42%) patients dans le  groupe placebo. Le score moyen de ZAN-BPD était de 11,3 chez ceux du groupe lamotrigine et de 11,5 parmi ceux du groupe placebo.

Dans cet essai, aucune preuve indiquant que la prescription de lamotrigine chez les borderline entraînerait une amélioration de leur santé mentale n’a été retrouvée. L’étude était suffisamment importante pour générer une estimation précise de l’effet global du traitement. Les taux d'adhésion au médicament  étaient faibles, seul un tiers  (N = 93, 33,7%) des participants à l'étude ont pris les médicaments comme indiqué dans le protocole de l'étude. Les taux d'observance thérapeutique étaient plus élevés au cours des 12 premières semaines de l'étude,  les deux tiers des participants prenaient le médicament (N = 190, 68,8%), mais les auteurs n’ont pas trouvé de différences dans les résultats de l'étude au cours de cette période.

L’analyse multivariée n’a trouvé aucune preuve qu'une meilleure observance thérapeutique était associée à un bénéfice pour les patients. La plupart des participants ont signalé un ou plusieurs effets indésirables, mais ceux prenant la  lamotrigine n'étaient pas plus susceptibles de signaler des effets indésirables potentiels que ceux du groupe placebo. Il n'y avait pas de différences dans les résultats des mesures secondaires (automutilations, symptômes dépressifs, ….) ni dans les frais de soins entre les deux groupes.

Sur la base des résultats de cet essai, les auteurs ne recommandent pas que les personnes atteintes d'un trouble de la personnalité limite soient traitées par la lamotrigine vu l’absence de preuve à l’appui que la lamotrigine soit efficace sur les principaux symptômes de ce trouble.

Dr Lahlali Narjisse

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/08/2018

 


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