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L'effet protecteur de la grossesse sur le risque d'abus de drogues: Une analyse de la population, des co-parents, des conjoints et des individus


Introduction :

Bien que des progrès importants aient été faits pour la compréhension de la base neurobiologique de l’addiction, l'importance étiologique des composantes volontaires et motivationnelles dans l'abus des drogues a été soutenue par l’efficacité de la gestion des contingences dans le traitement de l'abus des drogues.
Les récompenses fondées sur la motivation extrinsèque pour le sevrage sont parmi les traitements psychosociaux les plus efficaces de l'abus de drogues.
L'attachement prénatal maternel a été largement étudié, et la plupart des mères toxicomanes sont fortement motivées pour protéger la santé de leur fœtus et donc pour réduire ou cesser leur consommation de drogue. Ce désir est souvent soutenu par leur réseau social. Ainsi, la mesure dans laquelle les taux de toxicomanie diminuent pendant la grossesse peut fournir une estimation de la capacité des femmes motivées à réduire leur niveau d'abus de substances.

Objectif:

Les auteurs ont cherché à déterminer si la grossesse est un facteur de motivation intrinsèque pour la cessation de la toxicomanie.

Méthode: Les auteurs ont effectué des études prospectives type cohorte, pour étudier l'abus de drogues pendant la grossesse chez les Suédoises nées entre 1980 et 1990 ayant accouché entre 20 et 35 ans (N = 149,512). L'abus de drogues a été évalué à partir de registres médicaux, criminels et de pharmacie.

Résultats : Dans la population générale, les taux d'abus de drogues étaient plus faibles pendant la grossesse (odds ratio non ajusté = 0,67, 95% ci = 0,60, 0,74).
Par rapport aux résultats de la population, la corrélation négative entre la grossesse et l'abus de drogues était modérément plus forte chez les cousins (odds ratio= 0,49, 95% IC = 0,39, 0,62) et nettement plus forte chez les frères et soeurs (odds ratio = 0,35, 95% IC = 0,24, 0,51) discordant pour la grossesse. L’odds ratio estimé pour l'abus de drogues chez les jumeaux monozygotes discordants de grossesse était encore plus fort, à 0,17 (95% IC = 0,10, 0,31). Au sein des individus, L’odds ratio de l'abus de drogues pendant la grossesse,  comparativement à un intervalle de pré grossesse équivalent,reste le même chez les jumeaux monozygotes discordants de grossesse, à 0,22 (IC à 95% = 0,19, 0,26). Comparativement aux pères cohabitants, les mères avaient une plus grande réduction du risque de toxicomanie pendant la grossesse (odds ratio = 0,40, 95% IC = 0,34, 0,47). La grossesse était plus protectrice chez les femmes ayant un faible niveau d'éducation parentale et n’ayant pas un père co-habitant toxicomane.
Par rapport à la base de référence avant la grossesse, les analyses individuelles indiquent que le risque d'abus de drogues est sensiblement réduit dans la période du post-partum.

Conclusion :

Le risque de toxicomanie chez les femmes est considérablement réduit pendant la grossesse. Des analyses multiples suggèrent que cette association est largement causale, suggérant que la grossesse est en effet un facteur de motivation intrinsèque forte pour le sevrage de drogues. Des effets de protection puissants semblables peuvent être présents dans la période immédiate de post partum. Ces résultats ont des implications pour les modèles étiologiques d'abus de drogues et surtout pour les programmes de gestion d'urgence visant à réduire le risque d'abus de drogues.

 

Dr Hajar Ouadoud
Service d epsychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 31/10/2017

 


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