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L’association entre l'électro-convulsivothérapie et la réadmission psychiatrique dans les hôpitaux Américains


JAMA Psychiatry Journal, July 2017

 

 

Introduction

               L’électro-convulsivothérapie (ECT) est considérée comme le traitement le plus efficace pour les patients atteints de troubles affectifs sévères. Le nombre limité et la disponibilité variable de l’ECT dans les hôpitaux américains reste un phénomène curieux compte tenu des avantages cliniques de l'ECT. Les  études montrent que l'ECT ​​n'est pas utilisée lors des soins hospitaliers dans près de 9 sur 10 hôpitaux américains et son utilisation dans ces milieux a diminué au cours des 2 dernières décennies. Les facteurs qui entravent la disponibilité d’ECT comprennent des restrictions réglementaires sur son utilisation, une formation médicale limitée, des inquiétudes persistantes chez les patients sur la sécurité de cette thérapie et les effets néfastes de l’ECT malgré l’amélioration importante du profil de sécurité, la stigmatisation, la réticence chez les professionnels de la santé à recommander cette thérapie, et les considérations relatives aux coûts.

L’ECT peut également être comparativement moins accessible aux personnes relevant des zones rurales, des patients de minorités ethniques et ceux qui ne sont pas assurés. Cependant, malgré les preuves récentes selon lesquelles une utilisation accrue de l'ECT peut avoir d'importants avantages, peu de recherches ont examiné  les effets néfastes de la disponibilité limitée de l'ECT sur la santé mentale de la population suggérant que des informations sur les effets de l'ECT ​​sont nécessaires.

               L’objectif de cette étude était d’examiner si le traitement hospitalier par l’ECT est associé à une réduction du risque de réadmission psychiatrique dans les 30 jours suivant la sortie, et ceci dans un grand échantillon des patients hospitalisés souffrant de troubles affectifs sévères.

 

CONCEPTION ET PARTICIPANTS 

Une variable instrumentale quasi expérimentale du modèle Probit de la corrélation entre l’association ’électroconvulsivothérapie avec le taux de réadmission des patients durant 30 jours a été estimée en utilisant des données longitudinales et observationnelles au niveau des hôpitaux de neuf états des États-Unis (Arizona, Arkansas, California, Florida, Nevada, New York, Carolina, Utah, Washington). À partir d'une population de 490 252 patients hospitalisés en psychiatrie, un échantillon a été établi, composé de 162 691 patients ayant un diagnostic principal de trouble dépressif majeur, trouble bipolaire ou trouble schizo-affectif. La principale variable instrumentale utilisée dans l'analyse était la prévalence de l'ECT au cours de l'année précédente à l'hôpital traitant. Afin de déterminer l’hétérogénéité entre l'ECT et les réadmissions dans le sous-groupe de la population étudiée, des analyses d’interactions entre l'ECT et l'âge, le sexe, la race/l'appartenance ethnique et le diagnostic ont été réalisées. Cette étude a été menée entre le 27 août 2015 et le 7 mars 2017.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Dans l'ensemble, 2486 des 162 691 patients hospitalisés (1,5%) ont subi une ECT au cours de leur indice d’admission. Par rapport à d'autres patients hospitalisés, ceux qui ont reçu l’ECT étaient plus âgés (moyenne 56,8 vs 45,9 ans; P <0,001), avec une prédominance de sexe féminin (65,0% contre 54,2%; P <0,001) et des blancs non hispaniques (85,3% contre 62,1%; P <0,001). L'administration de l'ECT a été associée à un risque de réadmission de 30 jours réduit d'environ 12,3% parmi les patients non traités par ECT à 6,6% chez les personnes traitées par ECT (ratio de risque [RR] 0,54; IC 95%). Des associations significativement plus grandes entre la réadmission et l’ECT ont été trouvées chez les hommes par rapport aux femmes (RR, 0,44; IC 95%, 0,20-0,69 vs 0,58; ) et pour les personnes atteintes de trouble bipolaire (RR, 0,42; IC 95 %) et trouble schizo-affectif (RR, 0,44; IC 95%) par rapport à ceux atteints de trouble dépressif majeur (RR, 0,53; IC à 95%, 0,26-0,81).

D’après les auteurs de l’article, il s'agit de la première étude qui a examiné comment la thérapie par ECT pendant les séjours d'hospitalisation dans les hôpitaux américains affecte la probabilité d'une réadmission des patients diagnostiqués avec des troubles affectifs sévères au bout de 30 jours après la sortie. Des études antérieures ont révélé que le traitement par ECT est associé à une rémission des troubles dépressifs et une réduction des symptômes  de l’état de stress post-traumatique. Les résultats de la présente étude ajoutent des preuves que la disponibilité plus large d'ECT pourrait entraîner jusqu'à 46% moins de réadmissions dans les 30 jours suivant la sortie des patients atteintes de troubles affectifs sévères. L'effet de l'ECT sur le risque de réadmission dans 30 jours n'est pas différent significativement selon l'âge ou la race / l'appartenance ethnique, mais il est remarquable qu’il était relativement plus important chez les hommes que chez les femmes et chez les patients atteints de trouble bipolaire et schizo-affectif que chez ceux ayant un trouble dépressif majeur.

Malgré l’efficacité de l’ECT dans les troubles affectifs sévères,  ​​il reste non disponible ou non utilisé comme traitement hospitalier dans près de 9 sur 10 hôpitaux américains  et il existe des disparités dans l'utilisation de l'ECT ​​en fonction de la race / l'origine ethnique et de la couverture d'assurance. Dans l'échantillon de cette étude, l’ECT a été administré chez seulement 1,5% des patients hospitalisés souffrant de troubles affectifs sévères. De nombreux facteurs peuvent contribuer à la faible disponibilité d'ECT, y compris les recommandations cliniques pour ne pas utiliser cette thérapie comme traitement de première intention et la  formation médicale limitée en ECT.

Conclusion

Cette étude a prouvé que l’utilisation de l’électro-convulsivothérapie peut être associée à une réduction des réadmissions d’hospitalisation à court terme des patients atteints de troubles psychiatriques sévères, chose qui peut encourager les professionnels de la santé à recommander encore plus cette thérapie.

 

DR ASMAE CHEKIRA

SERVICE DE PSYCHIATRIE

CHU Hassan II FES

Le 27/08/2017


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