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L’association des troubles mentaux et l’utilisation des médicaments psychotropes au risque de fractures ostéoporotiques majeures


Introduction

 

Les troubles mentaux ont touché 18% des adultes aux États-Unis en 2013, dont 15% âgés de 50 ans. Les psychotropes sont parmi les médicaments les plus hautement prescrits aux États-Unis, avec 330 Millions de prescriptions pour les antidépresseurs et les anxiolytiques en 2009.

Les Troubles mentaux, telle que la dépression, ont été associés à une augmentation du risque d'ostéoporose et de fracture. De même, des psychotropes spécifiques ont toujours été associés à une faible densité minérale osseuse (DMO) avec un risque accru de fractures, indépendamment des troubles mentaux qu'ils traitent.

L’objectif est d’étudier l'association des troubles mentaux et l'utilisation de médicaments psychotropes au risque de fracture ostéoporotique dans la pratique clinique courante.

 

Méthodes

C’est une étude de cohorte centrée sur la population du Manitoba, étalée sur la période du premier janvier 1996 à mars 2013, incluant des hommes et des femmes âgés  de 40 ans ou plus au moment de l'évaluation initiale de la DMO et ayant une couverture médicale continue.

Dans cette étude, la mesure de la densité minérale osseuse et l’analyse des facteurs de risque ont été utilisées pour calculer les scores FRAX.

Les troubles mentaux étudiés incluaient la dépression, l’anxiété et la schizophrénie.

L'exposition aux médicaments psychotropes au cours de l'année précédant l'analyse DXA a été déterminée à l'aide du système anatomique et thérapeutique de la classification chimique   de l'organisation mondiale de la santé

Les données des services de santé sur la population ont été utilisées pour identifier les troubles mentaux primaires au cours des 3 années précédentes, l'utilisation de médicaments psychotropes au cours de l'année précédente et les risques de fractures.

Les bases de données utilisées dans cette étude comprenaient les statistiques de l'état civil (mortalité) et la base de données provinciale sur les médicaments (contenant les informations sur les types de médicaments, la dose et la date de médication pour l'ensemble de la population).

L'analyse statistique des données a été effectuée du 25 novembre 2013 au 15 octobre 2016.

Résultats et discussion

Le taux global des troubles mentaux était de 18,9% (n = 12 982), le diagnostic le plus fréquent étant la dépression (6604 de 12 982 [50,9%]). L'utilisation de médicaments psychotropes a été objectivée chez 17,4% de l'échantillon (n = 11 938) et 2468 de ces personnes (20,7%) recevaient plusieurs psychotropes.

Pour 485 322 années-personnes (68730 personnes, médiane de 6,7 années) d’observation, 8,4% (n : 5750) ont présenté une fracture ostéoporotique majeure (FOM), 2,3% (n : 1579) ont présenté une fracture de la hanche et 8998 (13,1%) sont décédés.

Dans le modèle 1 qui a analysé les troubles mentaux et les médicaments séparément en calculant le rapport de risque corrigé HR, la dépression (HR : 1,39 ; IC 95%, 1,27-1,51), les troubles anxieux (HR : 1,19 ; IC 95%, 1,09-1,30), et la schizophrénie (HR : 1,82 ; IC à 95%, 1,16-2,85) étaient tous significativement associés aux fractures ostéoporotiques majeures. Les inhibiteurs sélectifs du recapture de la sérotonine, les antipsychotiques, et les benzodiazépines ont été associés à la fois aux FOM et à la fracture de la hanche; pour le MOF, les ISRS avaient un HR de 1,47 (IC 95%, 1,32-1,63), les antipsychotiques avaient un HR a 1,48 (IC à 95%, 1,21-1,81) et les benzodiazépines avaient une  HR de 1,16 (IC à 95%, 1,05-1,28), alors que pour la fracture de la hanche, les ISRS avaient une HR de 1,51 (IC à 95%, 1,22-1,85), les antipsychotiques avaient un HR de 2,18 (IC à 95%, 1,58-3,02) et benzodiazépines avait un HR de 1,23 (IC à 95%, 1,04-1,45).

Des résultats similaires ont été observés lorsque les troubles mentaux et l'utilisation de médicaments psychotropes ont été analysés simultanément (modèle 2), mais les HR pour les troubles mentaux avec FOM et la fracture de la hanche sont devenus non significatifs.

Les scores de FRAX ont sous-estimé le risque de FOM et de fracture de la hanche chez les personnes atteintes de dépression et celles qui utilisent des ISRS, des stabilisants de l'humeur, des antipsychotiques et des benzodiazépines. Bien que l'âge n'affecte pas le risque relatif associé à un diagnostic ou à un médicament particulier en matière de santé mentale, le risque absolu serait plus important chez les personnes âgées et celles ayant un risque de fracture plus élevé.

Plusieurs méta-analyses ont trouvé une association entre les fractures et l'utilisation d'ISRS, de benzodiazépines et d'antipsychotiques. Cette association peut être en partie dû aux effets négatifs de ces médicaments sur l’os (durée médiane d'utilisation, > 3 ans pour tous les médicaments), Mais il peut également être secondaire à des chutes. Les chutes ne sont pas une variable saisie dans le score de FRAX, ce qui reste une explication plausible pour le risque accru de fracture associé à certains médicaments psychotropes.

CONCLUSIONS

Les troubles mentaux et l'utilisation de médicaments psychotropes se sont avérés associés à un risque accru de fracture, mais dans les analyses simultanées, seule l'utilisation de médicaments a été associée de façon indépendante à une fracture. La dépression et l'utilisation de médicaments psychotropes sont des indicateurs de risque potentiels indépendants des estimations de l’outil FRAX. Ainsi, des initiatives en matière de santé publique s’avèrent nécessaires afin de reconnaitre et mieux gérer ce risque élevé de fracture chez les personnes avec un trouble psychiatrique étant donné que ces derniers pourraient ne pas recevoir une prise en charge adéquate de leurs comorbidités somatiques.

Dr Assia Boukniter

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/07/2017


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