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L’association de l'adversité durant l'enfance et les infractions violentes chez les adolescents avec le suicide au début de l'âge adulte


JAMA Psychiatry. 2018;75(2):185-193

INTRODUCTION

L'adversité de l'enfance est associée à un risque accru de suicide chez les jeunes adultes, ce qui pourrait s'expliquer par des trajectoires inadaptées durant l'adolescence. En fait, le suicide est l'une des principales causes de décès chez la tranche d’âge de 15 à 29 ans.

L'adversité de l'enfance se caractérise par une série d'indicateurs, tels que le décès des parents,  abus de substances des parents,  les troubles psychiatriques familiaux, les infractions criminelles parentales,  la séparation des parents, les addictions liées à une substance, la pauvreté et l'instabilité résidentielle.

Les auteurs ont mis comme objectif d’examiner si l’infraction violente chez les adolescents est le médiateur dans l'association de l'adversité durant l'enfance avec le suicide au début de l'âge adulte.

METHODES:

 

Cette étude de cohorte longitudinale  incluait 476 103 personnes nées en Suède entre 1984 et 1988. La population étudiée a été suivie prospectivement pendant 20 ans (jusqu'au 31 décembre 2013).

Les adversités cumulées traitées sur les registres comprenaient le décès des parents, la toxicomanie parentale et les troubles psychiatriques, les infractions criminelles parentales, la séparation des parents, les interventions en protection de l'enfance et l'instabilité résidentielle. 

Les estimations du risque de suicide après 20 ans  ont été calculées comme des ratios des taux d'incidence avec IC à 95% en utilisant l'analyse de régression. Des ajustements ont été faits pour les données démographiques et les troubles psychiatriques. De plus, une analyse de médiation binaire avec une régression logistique a été utilisée.

RÉSULTATS et discussion

 

La présente étude a examiné les associations entre  les infractions criminelles chez les adolescents avec des adversités cumulées durant l’enfance  et les suicides chez les jeunes adultes en utilisant des données suédoises sur une cohorte de 476 103 personnes dont 48,7% de sexe féminin.

Les adversités de l’enfance les plus répandues étaient la séparation des parents  [24,0%] et les troubles psychiatriques parentaux  [5, 1%], alors que  30,8% ont été exposés  au moins à une seule adversité. Parmi les participantes [0,7%] avaient été reconnues coupables de crimes violents entre les âges de 15 et 19 ans.

Les personnes exposées à l'adversité cumulée étaient plus susceptibles d'être reconnues coupables d'infractions avec violence pendant l'adolescence dans des modèles multivariés. Au cours du suivi,  0,1% des sujets sont morts par suicide  dont  23,9% avec une intention indéterminée.
L'étude a trouvé une association entre l'adversité cumulée  et les tentatives de suicide chez les jeunes et qui était partiellement potentialisées  par l'agressivité et l'impulsivité.

 En particulier, le comportement criminel des parents a été indiqué comme un facteur de risque clé pour la délinquance des enfants. Dans notre cohorte, 15,6% des délinquants violents avaient grandi avec des parents incarcérés comparativement à 4,1% dans la cohorte totale.


En l'absence d’infraction violente chez les adolescents, les adversités cumulées en dehors de l'instabilité résidentielle et l'intervention sociale infantile étaient associées au risque de suicide avec un taux d’incidence variés : décès parental (IRR, 1.0; 95% CI, 0.6-1.7); abus de substances parentales (IRR, 2.6; 95% CI, 2.0-3.5 ) ( IRR :2,6; IC à 95%, 2,0-3,5; criminalité parentale( IRR : 1,7; IC à 95%, 1,3-2,3); trouble psychiatrique parental(IRR, 1,5; IC à 95%, 1,2-2,1); séparation parentale( IRR : 1,3; IC à 95%, 1,1-1,6); assistance publique (IRR : 2.1; IC à 95%, 1,6-2,8); intervention en matière de protection de l'enfance( IRR, 1,5; IC à 95%, 0,9-2,4); et l'instabilité résidentielle( IRR : 0,6; IC à 95%, 0,3-1,5).

Les recherches ont  indiqué que la plupart des enfants et des jeunes en milieu correctionnel souffrent au moins d’un trouble mental. Dans cette cohorte, 23,6% des personnes reconnues coupables de crimes violents avaient reçu un diagnostic de trouble psychiatrique avant leur 20 ème  anniversaire, comparativement à 7,0% dans l'ensemble des cas.

CONCLUSION

Les personnes ayant des antécédents d'adversité cumulée qui se livrent également à des infractions violentes à l'adolescence ont un risque élevé de suicide. Les interventions visant à prévenir les comportements d'extériorisation pendant l'enfance et le soutien accru aux jeunes ayant un comportement délinquant peuvent prévenir le suicide lié à l'adversité cumulée.

Dr Assia Boukniter

Service  de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 25/03/2018

 


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