Recherche > Revue de presse > Interventions précoces dans le trouble bipolaire

Interventions précoces dans le trouble bipolaire


American Journal of psychiatry. Mai 2018

Introduction

la mise en œuvre d'interventions précoces en psychiatrie devrait être considérée comme une priorité majeure, puisque l'intervention précoce se concentre sur les facteurs de risque connus et les signes précoces de la maladie, et par conséquent, on s'intéresse de plus en plus à la compréhension de l'état précoce des troubles psychiatriques.

 Les données actuelles suggèrent que le trouble bipolaire a un caractère progressif, soutenant ainsi l'existence de phases plus modérées précédant la présentation classique de la maladie. Cette nature progressive fait du trouble bipolaire un candidat idéal pour les stratégies d'intervention précoce.

Cette revue analyse les résultats obtenus dans les études longitudinales évaluant les variables considérées comme prédictives de la conversion au trouble bipolaire ou de l'évolution de la maladie chez les enfants présentant un risque familial élevé de trouble bipolaire.

 

IDENTIFICATION DES FACTEURS DE RISQUE ET DES SYMPTÔMES PRODROMIQUES EN TANT QUE PRÉDICTEURS DE L'APPARITION DU TROUBLE BIPOLAIRE

Facteurs de risque environnementaux

Ils pourraient être utilisés comme cibles de stratégies d'intervention précoce puisqu'ils peuvent être potentiellement modifiés :

-l'abus sexuel semble être lié à une évolution défavorable du trouble bipolaire

-L'utilisation des antidépresseurs chez les jeunes déprimés peut aussi être un facteur de risque

-L'abus de substances

Facteurs de risque biologiques

-Les antécédents familiaux de trouble bipolaire sont l'un des facteurs de risque les plus importants

-Les facteurs neurodéveloppementaux :

  • Une étude de cohorte a révélé que le retard de développement de l'enfant évalué par Denver Developmental Screening Test, qui mesure les habiletés motrices fines et grossières, le langage et le développement social et personnel, était un élément prédictif de manie tardive
  • Certaines données indiquent que les enfants ayant le plus haut niveau de scolarité courent le plus grand risque de trouble bipolaire

Symptômes prodromiques

-Dans la cohorte néerlandaise des descendants bipolaires, 88% des enfants ayant développé un trouble du spectre bipolaire présentaient initialement un épisode dépressif, avec une durée moyenne de conversion bipolaire de 5,1 ans

- Les problèmes subjectifs du sommeil peuvent aussi être liés au développement du trouble bipolaire

- Les troubles anxieux avec des traits tempéramentaux de la timidité et de l'émotivité

- Les symptômes hypomaniaques chez les enfants et adolescents répondant initialement aux critères opératoires du trouble bipolaire non spécifié.

- Les antécédents des parents présentant un trouble bipolaire avec des symptômes significatifs d'anxiété / dépression, une labilité affective et des symptômes maniaques sous syndromiques .

-La sensibilité, l’hypervigilance, l’anxiété et les plaintes somatiques pendant la période préscolaire et plus de fluctuations d'humeur et d'énergie, de larmes, des troubles du sommeil et des angoisses durant la période scolaire.

- La dépression unipolaire à un âge plus précoce, et la présence de symptômes psychotiques  associés

Outils de dépistage du trouble bipolaire

À ce jour, la valeur prédictive de quatre échelles cliniques a été testée dans des études longitudinales:

- The General Behavior Inventory

- The Child Behavior Checklist–Pediatric Bipolar Disorder

- The Hypomanic Personality Scale;

- The Hypomania Checklist–32 Revised scale

Néanmoins, la combinaison d'auto-évaluation et d'entretiens cliniques semi-structurées pourrait constituer une approche plus précise de la prise de décision clinique que l'utilisation d'une échelle unique

 

Prédiction à l’aide des biomarqueurs

Biomarqueurs de neuro-imagerie

-La présence d'une activation accrue de l'insula pendant une tâche impliquant un traitement exécutif et linguistique pourrait différencier les individus à risque élevé de trouble bipolaire

-La combinaison des techniques d'apprentissage automatique et des données  de l’IRM fonctionnelle collectées au cours d'une tâche d'identification émotionnelle pouvait aider à prédire quels adolescents à risque développeraient des troubles psychiatriques.

Biomarqueurs périphériques

-Les monocytes d'une grande proportion de patients bipolaires et de leur progéniture, en particulier ceux qui développent un trouble de l'humeur, expriment de manière aberrante des ARN messagers  de l’inflammation

-Des niveaux plus élevés du marqueur inflammatoire systémique IL-6 dans l'enfance étaient associés à des symptômes hypomaniaques chez les jeunes adultes.

Biomarqueurs comportementaux

-Les grandes données, telles que la géolocalisation, l'activité, l'utilisation d'Internet, les appels et les paiements, peuvent être analysées et fournir des algorithmes pouvant être utilisés comme outils de surveillance des risques à l ‘aide d’une application mobile

 

Les stratégies de traitement anticipé

-Des interventions psychothérapeutiques efficaces, généralement mieux reçues par les patients et présentant un profil bénéfice-risque plus favorable, peuvent être une première étape intéressante dans l'intervention précoce,

-Les interventions psychosociales

-Les programmes de psychoéducation

-La thérapie centrée sur la famille, qui combine des séances de psychoéducation et une formation en communication et en résolution de problèmes, est la seule intervention testée dans ces populations

-La psychothérapie psycho éducative multifamiliale ou la thérapie interpersonnelle avec adaptation des rythmes sociaux (TIPARS)

-Des interventions psychosociales en ligne de plus en plus disponibles

-Certains traitements pharmacologiques, comme le lithium, sont connus être efficaces lorsqu'ils sont introduits tôt dans l'évolution de la maladie, la tolérance à court et à long terme de chaque traitement et son potentiel de prévention doit être soigneusement pesé contre le risque individuel de développer un trouble bipolaire.

-Certaines études pilotes ont évalué les propriétés protectrices du valproate du sodium, et de la quétiapine .

-Des suppléments nutritionnels comme le folate ou les acides gras oméga-3 ont été proposés comme traitement préventif possible dans la population à risque.

-Des traitements anti-inflammatoires tels que l'aspirine ont démontré un potentiel de réduction du risque de dépression dans les études épidémiologiques.

 

Conclusions et orientations futures

  • Plus d'études sont nécessaires pour construire une image claire des profils bipolaires à haut risque qui peuvent aider les cliniciens à différencier les individus véritablement à risque des personnes ayant des états d’humeur bénins.
  • De plus, étant donné que les symptômes prodromiques sont très hétérogènes et particuliers à chaque individu, une évaluation individualisée des risques est nécessaire.
  • La nécessité d'effectuer des études pour prévenir ou au moins retarder l'apparition du trouble bipolaire devrait être considérée comme une priorité en psychiatrie, en particulier dans les pays où la prévalence du trouble bipolaire pédiatrique est plus élevée.
  • Les stratégies d'intervention précoce dans le trouble bipolaire sont confrontées au manque de spécificité des symptômes prodromiques.
  • Le besoin de nouvelles études prospectives avec une plus grande taille d'échantillon et des critères de recrutement standardisés et des outils d'évaluation est incontestable.

 

 

 

Dr Hammani Zakaria

Service  de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 30/05/2018

 


Affichage Affichages : 144

Recherche