Recherche > Revue de presse > Efficacité de la naltrexone injectable à libération prolongée vs prises quotidiennes de buprénorphine-naloxone pour le traitement de la dépendance aux opioïdes : Un essai clinique randomisé

Efficacité de la naltrexone injectable à libération prolongée vs prises quotidiennes de buprénorphine-naloxone pour le traitement de la dépendance aux opioïdes : Un essai clinique randomisé


JAMA Psychiatry. 2017;74(12):1197-1205

INTRODUCTION

Les troubles d'usage de substances impliquant des opioïdes ont un plus grand risque de décès, de polytoxicomanie et des infections transmissibles par le sang, comme le VIH et l'hépatite, que d'autres substances.

En raison du risque élevé de rechute et de surdosage chez les personnes dépendantes aux opioïdes, les traitements les plus communément prescrits sont des  traitement médicamenteux opioïde (OMT),  avec des temps d'absorption et des demi-vies plus longues, tels que l'agoniste opioïde complet méthadone ou partiel agoniste: chlorhydrate de buprénorphine.

En raison du potentiel dissuasif de l’injection du chlorhydrate de naloxone et son  meilleur profil de sécurité par rapport à la méthadone au quotidien, l’administration de buprénorphine combinée à la naloxone reste le premier choix de médicaments OMT dans un certain nombre de pays. 

Le traitement médicamenteux aux opioïdes s'avère généralement efficace pour réduire la consommation illicite d'opioïdes, la mortalité par overdose et problèmes associés, tels que l'activité criminelle ou les accidents dus aux injections.

L’inconvénient des OMT réside dans  la poursuite de la dépendance physique et  le détournement du médicament opioïde prescrit. 

À ce jour, le chlorhydrate de naltrexone à libération prolongée n'a jamais été comparé directement au traitement médicamenteux aux opioïdes (OMT), qui reste  actuellement le traitement le plus svt prescrit pour la dépendance aux opioïdes

 L’objectif essentiel de ce travail est de déterminer si le traitement par naltrexone à libération prolongée sera aussi efficace que le chlorhydrate de buprénorphine avec le chlorhydrate de naloxone au quotidien  dans le maintien de l'abstinence d'héroïne et d'autres substances illicites chez les individus nouvellement sevrés.

METHODOLOGIE

Un essai clinique randomisé ouvert sur 12 semaines, multicentrique, ambulatoire, a été mené dans 5 cliniques de toxicomanie en milieu urbain en Norvège entre le 1er novembre 2012 et 23 décembre 2015; le dernier suivi a été effectué le 23 octobre 2015. 

Un total de 232 individus adultes dépendants aux opiacés (selon les critères du DSM-IV) ont été recrutés des cliniques externes de traitement de la toxicomanie et des unités de désintoxication et évaluées pour l'admissibilité.

Des analyses en intention de traiter des critères d'efficacité ont été effectuées avec tous les patients participants randomisés.

La  Randomisation à la buprénorphine-naloxone administrée par voie orale 4 à 24 mg / j, ou le chlorhydrate de naltrexone à libération prolongée à 380 mg, administré par voie intramusculaire toutes les quatre semaines pendant 12 semaines.

 Les critères principaux d'évaluation (protocole) étaient les essais cliniques randomisés ,le taux d'achèvement de l'essai, la proportion d'analyses de drogues urinaires opioïdes-négatives, et le nombre de jours d'usage de l'héroïne et d'autres opioïdes illicites. Les points secondaires comprennent le nombre de jours d'utilisation d'autres substances illicites. L'innocuité a été évaluée par rapport aux événements indésirables

RÉSULTATS

Sur 159 participants, l'âge moyen  était de 36 ans et 27,7% étaient des femmes. 80 individus ont été randomisés en naltrexone à libération prolongée et 79 en buprénorphine-naloxone; 66,% ont terminé l’essai.

 L’abstinence dans  le groupe naltrexone à libération prolongée n'était pas inférieur au groupe buprénorphine-naloxone .

Le traitement par naltrexone à libération prolongée a montré une non-infériorité à la buprénorphine-naloxone sur la proportion du nombre total de tests urinaires négatifs aux opioïdes et l'utilisation d'héroïne  et d'autres opioïdes illicites.

L'analyse de supériorité a montré une utilisation significativement plus faible de l'héroïne et d'autres opioïdes illicites dans le groupe naltrexone à libération prolongée. Aucune différence significative n'a été trouvée entre les groupes de traitement concernant la plupart des autres substances illicites.

DISCUSSION

il s'agit de la première étude comparant l'efficacité de naltrexone injectable à libération prolongée avec celle de la buprénorphine-naloxone par voie orale,  prolongée qui étaient aussi efficaces l’un que l’autre  pour maintenir l’abstinence et la réduction de l'usage de l'héroïne, d'autres opioïdes et l'utilisation d'autres substances illicites à l'exception du cannabis.

L’induction dans le traitement à la naltrexone à libération prolongée nécessite une désintoxication complète beucoup plus que dans la buprénorphine- naloxone.

 

Ce résultat peut être dû à la perception d’une protection contre la rechute dans l’utilisation des opioïdes et  contre des overdoses possibles et de meilleures opportunités de retour de travail ou d'activités éducative, en comparaison à un traitement quotidien ou tous les deux jours pour la prise supervisée d'un opioïde agoniste. 

 

Il y avait seulement un surdosage signalé dans l'étude, ce qui est beaucoup plus faible que dans la plupart des études sur les 12 premières semaines. Ce faible taux peut refléter la forte motivation pour le traitement et une bonne réponse au suivi régulier 

Les doses de buprénorphine-naloxone utilisées dans l'étude ont été ajustées à la pratique communautaire et qui est représente le traitement habituel. La dose quotidienne moyenne était de 11,2 mg correspondant  donc assez bien avec la dose du  Rapport national qui est  de 13mg .

Une des limites de la présente étude est le manque d’une population témoin, cependant, des études  antérieures contrôlées en double aveugle contre placebo en clinique et les paramètres biologiques semblent suffisants pour prouver l'efficacité du médicament à libération prolongée. En raison d'une augmentation du risque d'overdose chez les utilisateurs d'opioïdes nouvellement détoxifiés, l'utilisation du placebo et / ou le masquage des médicaments ont été considérés non éthiques.

En plus des défis pratiques substantiels dans la gestion de quatre bras de médicaments différents, les auteurs considérent que la plupart des patients sont capables de démasquer ou de reconnaître leurs traitements rapidement, grâce à leur longue expérience avec l'utilisation d'opioïdes.

 CONCLUSION

 La naltrexone à libération prolongée est aussi efficace que le buprénorphine-naloxone pour le maintien de l'abstinence à court terme de l'héroïne et d'autres substances et devrait être considéré comme une option de traitement pour les personnes dépendantes aux opioïdes.

 

Dr Nada Chefchaouni

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/12/2017


Affichage Affichages : 240

Recherche