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Effets sélectifs de la psychothérapie sur la fonction corticale fronto-polaire dans l’état de stress post-traumatique (ESPT)


Paru dans American journal of psychiatry, January 2018

Introduction :

L’état de stress post-traumatique (ESPT) est un trouble handicapant qui peut être traité par la psychothérapie. La thérapie d’exposition prolongée est considérée comme une méthode de traitement de pointe qui aide le patient à faire face à la mémoire traumatique et aux situations réelles qui provoquent les symptômes, ce qui permet au patient d'intégrer de nouvelles informations adaptatives concernant la sécurité contre les menaces et  réduit la probabilité et l'intensité d'une réaction de peur intense au stimulus. Ce cadre suggère que le traitement peut modifier toute une gamme de réactions émotionnelles, de la détection initiale et l'orientation vers des signaux émotionnels (réactivité émotionnelle) au contrôle des réponses émotionnelles (régulation des émotions).

Bien que les thérapies d'exposition pour l’ESPT aient été utilisées pendant des décennies, on en sait peu sur la façon dont ces traitements modifient la fonction cérébrale. Les auteurs ont fourni une évaluation complète des changements fonctionnels du cerveau suite à une thérapie d'exposition prolongée pour l’ESPT à travers trois paradigmes expérimentaux évaluant la réactivité émotionnelle et sa régulation.

Pour déterminer si les changements liés au traitement pourraient refléter l'influence directe d'une région cérébrale sur une autre, les chercheurs ont combiné la stimulation magnétique transcrânienne à impulsion unique avec l'IRM fonctionnelle  dans un échantillon distinct d'individus.

Méthode :

Les personnes âgées de 18 à 60 ans ont été recrutées pour participer à une étude sur la psychothérapie pour l’ESPT. Les participants ont fourni un consentement éclairé après avoir reçu une description complète de l'étude. Un entretien clinique structuré a été menée pour évaluer les symptômes d’ESPT et d'autres diagnostics.

Les personnes atteintes d’ESPT ont subi une IRM fonctionnelle au repos et en complétant trois tâches évaluant la réactivité émotionnelle et la régulation. Les individus ont ensuite été répartis au hasard  à une thérapie d'exposition prolongée ou à une liste d'attente.

Les séances de traitement ont eu lieu une ou deux fois par semaine, pour un total de 9 à 12 séances, 90 minutes chacune. Environ 4 semaines après la dernière séance de traitement, les participants ont effectué une évaluation clinique et ont répété le protocole d'imagerie.

Résultats :

L'échantillon final comprenait 36 ​​personnes affectées à recevoir un traitement d'exposition prolongée immédiatement et 30 assignées à la liste d'attente.

Comparé au groupe de la liste d'attente, le groupe de traitement immédiat a montré des réductions significativement plus importantes des scores d’ESPT et des symptômes dépressifs ainsi qu’une amélioration  plus importantes dans certains domaines de la qualité de vie. Des modifications spécifiques au traitement ont été observées uniquement lors de la réévaluation cognitive des images négatives.

La psychothérapie a augmenté l'activité du cortex frontopolaire latéral et la connectivité avec le cortex préfrontal ventromédian et le striatum ventral. Des augmentations plus importantes de l'activation frontopolaire ont été associées à une amélioration des symptômes d’ESPT et du bien-être psychologique. Enfin, la région frontopolaire latérale montrant un changement d'activation au cours de la réévaluation cognitive a également démontré une plus grande variété de modèles de fluctuation du signal au repos au cours du temps.

La stimulation magnétique transcrânienne (TMS) et l'IRMf chez des participants sains ont démontré que le cortex frontal du front exerce une influence en aval sur le cortex préfrontal ventromédian et le striatum ventral.

Discussion :

Les chercheurs ont évalué la fonction cérébrale chez les personnes atteintes d’ESPT au cours de la réactivité émotionnelle et de sa régulation afin de mieux comprendre comment une thérapie d'exposition prolongée apporte un bénéfice thérapeutique.

Les résultats indiquent que :

1) Le changement cérébral le plus important après une exposition prolongée est préfrontal plutôt que limbique et se manifeste lors de la régulation délibérée des émotions ;

 2) Ce changement est cliniquement pertinent et est lié à l'amélioration des symptômes d’ESPT et du bien-être psychologique ;

3) Ce changement se manifeste dans le cortex frontal et ses interactions avec le cortex préfrontal ventromédian et le striatum ventral, un récepteur de l'influence du frontopolaire en aval ;

4)  Ce changement est évident à la fois pendant la régulation de l'émotion et au repos et peut refléter donc un changement généralisé de la fonction frontopolaire.

Ces résultats donnent une nouvelle vision du mécanisme cérébral de la thérapie d'exposition. Contrairement aux mécanismes existants de psychothérapie, les chercheurs n’avaient  observé aucune atténuation limbique durant la réactivité émotionnelle, aucun recrutement accru des substrats préfrontal latéraux postérieurs impliqués dans le contrôle descendant, et aucun changement préfrontal durant la réactivité émotionnelle ou la régulation des conflits émotionnels. Cependant, la thérapie d'exposition modifie le fonctionnement de la partie antérieure du cortex préfrontal pendant la régulation délibérée des émotions.

Conclusion:

Les changements dans la fonction frontopolaire au cours de la régulation délibérée de l'affect négatif est un mécanisme clé du changement psychothérapeutique adaptatif dans l’ESPT.

Étant donné que la connectivité frontopolaire avec les régions ventromédiales pendant la régulation des émotions est renforcée par la psychothérapie et que le cortex frontopolaire exerce une influence en aval sur les régions ventromédiales chez les individus sains, ces résultats proposent une nouvelle conceptualisation du fonctionnement de la psychothérapie, et identifient une cible prometteuse pour les thérapeutiques basées sur la stimulation.

 Dr Asmae Chekira

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 30/01/2018


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