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Automutilation, criminalité et violence chez les adolescents : Étude des éléments prédictifs initiaux d’une cohorte longitudinale


American journal of Psychiatry. March 2019

 

Introduction

 L’automutilation est l’un des principaux facteurs de risque de suicide et un problème majeur de santé publique. Au Royaume-Uni, où cette étude est munie, l'automutilation chez les adolescents est particulièrement préoccupante,  Entre 2011 et 2014, l'incidence annuelle d'automutilation a augmenté de 68% chez les filles âgées de 13 à 16 ans.
L'automutilation est associée à des conduites de violence, cependant, on sait peu de choses sur les jeunes qui adoptent un comportement du «double dommage».
Les auteurs ont enquêté sur les antécédents, les caractéristiques cliniques et les caractéristiques de la vie qui distinguent les adolescents automutilés avec hétéro agressivité de ceux qui ne font que s’automutiler .
 

Méthodes:

 
 C’est  une cohorte britannique représentative composée de 2232 jumeaux nés en 1994 et 1995.  Les actes d’automutilation à l’adolescence ont été évalués lors d’entrevues à l’âge de 18 ans. Les infractions violentes ont été évaluées à l'aide d'un questionnaire informatisé à 18 ans et d'un casier judiciaire jusqu'à 22 ans. Les facteurs de risque ont été évalués entre 5 et 12 ans. L’état mental des adolescents, la victimisation, le fonctionnement de la personnalité et l'utilisation des services de soutien ont été mesurés à 18 ans.
 

Résultats:

 
 L’automutilation était associée à la criminalité violente (odds ratio = 3,50, IC 95% = 2,61–4,70), même en tenant compte des facteurs de risque familiaux. Les deux agresseurs avaient été victimes de violence dès leur enfance et avaient fait preuve de maîtrise de soi et de QI dans l’enfance plus bas que les agresseurs autonomes.
 Les doubles agresseurs ont connu des taux plus élevés de symptômes psychotiques et de toxicomanie concomitants.
Ils ont également présenté des styles de personnalité distincts caractérisés par une résistance au changement et par une instabilité émotionnelle et interpersonnelle.
 Cependant, les doubles agresseurs n'étaient pas plus susceptibles que les autodestructeurs d'avoir des contacts avec des services de santé mentale.
 

DISCUSSION

 
Cette étude fait progresser les connaissances de cinq manières.
Premièrement, en utilisant un modèle à double contrôle, il a été montré que la relation entre l'automutilation et les crimes violents n'est pas uniquement attribuable au risque génétique partagé ou aux antécédents familiaux.  L’auto-agression peut être un indicateur de violence à l’égard des autres.
Deuxièmement, il a été démontré que la maîtrise de soi par les enfants pauvres, y compris les déficits dans les fonctions exécutives, permet de distinguer les deux types de préjudices de ceux qui ne le sont que chez eux-mêmes.
L’évaluation prospective a permis de mesurer la maîtrise de soi, la capacité cognitive et d’autres antécédents avant l’automutilation et la délinquance criminelle et a permis de s’assurer qu’il n’y avait pas de biais de vérification ou de rappel.
De plus, plusieurs informateurs ont signalé des problèmes d’autorégulation liés à la présence d’une double agression, ce qui donne à penser que ce facteur de risque précoce est observable dans tous les contextes. En plus de leurs expériences de dysrégulation infantile, les doubles agressions étaient caractérisés à l'adolescence par une triade de traits de personnalité qui caractérisaient la labilité émotionnelle et interpersonnelle: faible conscience, et fort névrotisme.
Troisièmement, il a été montré que les doubles agresseurs se distinguent des auteurs de violence personnelle par des antécédents de maltraitance dans leur enfance. En outre, les doubles agresseurs étaient plus susceptibles d'avoir été exposé à une victimisation au cours de l’adolescence. Plus de 80% des doubles agresseurs avaient connu au moins un type de victimisation, et un tiers avait un vécu de polyvictimisation.
Quatrièmement, il a été constaté que le double dommage se distinguent des agresseurs autonomes par des taux plus élevés de symptômes psychotiques, de dépendance à l'alcool et de dépendance au cannabis.
 Cette étude est la première à tester ces associations au sein d'un échantillon prospectif et à démontrer le rôle de la psychose dans la typologie des dommages auto-responsables.
Les doubles agresseurs souffrent d'une comorbidité psychiatrique importante; une évaluation diagnostique complète est nécessaire pour cibler de manière appropriée les interventions au sein de cette population. 
Enfin, il a été constaté que les doubles agresseurs n'étaient pas plus susceptibles que les autodestructeurs de faire appel à des services de santé mentale. 
Au Royaume-Uni il existe une demande pressante d'amélioration des services de santé mentale pour adolescents  et de la recherche sur les traitements psychologique.
Cette analyse répond à cette demande en identifiant plusieurs opportunités pour les mesures préventives et d’intervention de la petite enfance, et notamment, faire adhérer les adolescents vulnérables à des programmes de réduction de la délinquance axés sur la maîtrise de soi, la prévention de la maltraitance et de la victimisation et l’amélioration de la capacité des enfants à autoréguler leur situation pourrait permettre de réduire considérablement les charges sociales et sanitaires imputables à une violence intériorisée et externalisée.
 

Conclusions:

 
 Les double agresseurs ont des problèmes de maîtrise de soi et sont vulnérables à  la violence dès leur plus jeune âge.
 Une approche axée sur le traitement plutôt que sur la punition est indiquée pour répondre aux besoins de ces personnes.
En associant des adolescents autodestructeurs à des programmes de réduction de la délinquance et à des approches de diagnostic croisé axées sur l'autorégulation, il est possible de réduire les comportements préjudiciables.
La prévention de la maltraitance dans l'enfance et la mise en œuvre de stratégies visant à réduire l'exposition à la victimisation pourraient atténuer les risques de violence intériorisée et extériorisée.
 
Dr Ghizlane Lamghari
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 30/04/2019

 


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