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Association entre la religiosité des parents et des enfants et les comportements suicidaires chez les enfants


Paru dans JAMA Psychiatry. August 2018

Le suicide est la principale cause de décès chez les femmes âgées de 15 à 19 ans. Aux États-Unis, environ 12% des adolescents déclarent avoir des idées  suicidaires et 4% ont fait une tentative de suicide non fatale.

Les recherches ont porté sur un certain nombre de risques et de facteurs de suicide chez les enfants et les adolescents, mais les croyances religieuses et spirituelles sont peu prises en compte. C’est surprenant étant donné que les croyances et les pratiques religieuses ont été associées à des taux de suicide plus faibles depuis les travaux marquants de Durkheim, il ya plus de 100 ans, et qu’il existe de nombreuses études sur l’association entre la religiosité et le suicide chez les adultes.

Les quelques études qui ont examiné le lien entre la religiosité chez les enfants et les adolescents et les comportements suicidaires ont généralement montré que la pratique religieuse  et l'importance donné à la religion sont associées à une diminution des taux des idées et tentatives de suicide. En outre, cette association a tendance à n'être observée que chez les filles.

A notre connaissance, aucune étude n’a examiné la contribution de la religiosité d’un parent au comportement suicidaire de sa progéniture. Des études antérieures ont démontré des associations positives entre la religiosité parentale et l’état physique et mental des enfants. Elles ont également révélé que l’effet de la religiosité parentale peut varier selon le sexe de la progéniture et que la congruence de la religiosité parentale et des enfants est également importante.

En se basant sur un échantillon de plusieurs générations de familles à risque de dépression élevé et faible, l’objectif de l’étude était triple:

  • Chercher la présence d’une association entre la religiosité et le comportement suicidaire des descendants,
  • examiner l’association entre la religiosité des parents et le comportement suicidaire des descendants,
  • examiner l’association simultanée entre la religiosité des parents et de leurs descendants et le  comportement suicidaire des descendants.

À partir de données recueillies sur une trentaine d’années d’enfants et d’adolescents âgés de 6 à 18 ans  dont les parents présentaient un risque élevé ou faible de développer un trouble dépressif majeur en raison du statut dépressif de leurs grands-parents, les auteurs ont examiné les associations entre les comportements suicidaires de la progéniture et la religiosité des deux parents et de la progéniture, en tenant compte d’autres facteurs , tels que la dépression parentale au cours de la vie, les idées suicidaires au cours de la vie parentale,  l’état matrimonial des parents, le sexe du parent et le sexe de la progéniture.

Les diagnostics psychiatriques et les comportements suicidaires des parents ont été évalués à l’aide de l’échelle des troubles affectifs et de la schizophrénie version adulte, la version enfant a été utilisée pour les descendants.  Deux mesures de la religiosité ont été évaluées: l’importance religieuse et l’assistance ou fréquentation  religieuse.

La participation au service religieux (l’assistance religieuse) était déterminée par les réponses à la question: À quelle fréquence assistez-vous, le cas échéant, à une église, à une synagogue ou à un autre service religieux ou spirituel? (Une fois par semaine ou plus, environ une fois par mois, environ une fois par an, moins d'une fois par an, jamais.)

L’importance religieuse a été mesurée à partir des réponses à la question: quelle importance donnez vous à la religion ou la spiritualité? (Très important, moyennement important, légèrement important, pas du tout important.)

Sur 214 enfants, 112 (52,3%) étaient des filles. L'importance religieuse chez  la progéniture était associée à un risque moindre de comportement suicidaire chez les filles mais pas chez les garçons. La fréquentation religieuse était associée à un risque moindre de comportement suicidaire chez les filles mais pas chez les garçons. L’importance religieuse chez les parents était associée à un risque moins élevé de comportement suicidaire chez la progéniture, mais ce n’était pas le cas pour la présence religieuse des parents.

Lorsque l’importance religieuse chez les  parents et  la progéniture étaient considérées simultanément, le risque de comportement suicidaire était faible quand  l'importance religieuse chez les  parents était élevée, indépendamment de l'importance religieuse chez  la progéniture. Ces associations étaient indépendantes de la dépression parentale, de l’état matrimonial et des idées suicidaires des parents.

Dans l’ensemble, les résultats de cette étude sont uniques, car ils ont pu examiner l’association entre la religiosité des parents et de la progéniture séparément et simultanément et le comportement suicidaire de la progéniture. Ils ont également pu déterminer si d’autres facteurs parentaux confondaient ces  associations.

Les  résultats suggèrent que la religiosité d’un parent peut être associée à une réduction des idées suicidaires et des tentatives de suicide de la descendance indépendamment de la religiosité de la progéniture et d’autres facteurs de risque.

Ces données suggèrent aussi qu’il existe peut-être des moyens alternatifs et supplémentaires d’aider les enfants et les adolescents au risque suicidaire. Il s’agit notamment de mener une brève histoire spirituelle avec les parents de la progéniture amenée pour des consultations psychiatriques, ainsi que d’évaluer les croyances de sa progéniture (importance religieuse) et ses comportements (fréquentation des services religieux), en particulier avec les filles.

Des recherches supplémentaires sur le mécanisme par lequel la religiosité parentale est associée à un risque moindre de comportement suicidaire, indépendamment de la religiosité personnelle de la progéniture, devraient être beaucoup plus étudié et justifié.

Dr Narjisse Lahlali

Service  de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/10/2018

 


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