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Association de la dépression et des troubles anxieux avec la thyroïdite auto-immune Revue systématique et méta-analyse


JAMA Psychiatry, May 2018

Introduction

La thyroïdite auto-immune (TAI) est un problème de santé majeur. En plus des complications somatiques, les patients atteints d’une thyroïdite auto-immune peuvent également présenter des troubles psychiatriques. Toutefois, l'étendue de ces maladies psychiatriques chez les patients atteints de TAI n'est pas connue jusqu'à présent.

La thyroïdite auto-immune (ITA) est une maladie courante avec une prévalence d'environ 4 à 13% aux États-Unis. Elle touche plus de femmes que d'hommes et sa fréquence augmente avec l'âge, jusqu'à 20% chez les femmes âgées. En outre, la dépression et les troubles anxieux sont des maladies psychiatriques envahissantes avec des taux de prévalence de 6,6% (dépression) et de 18,1% (troubles anxieux) aux États-Unis. Récemment. Le lien entre l'auto-immunité et les troubles psychiatriques a été découvert pour diverses maladies auto-immunes. L’hypofonctionnement du récepteur N-méthyl-D-aspartate causé par les  anticorps anti-immunoglobulines par exemple, a été associé au développement de la schizophrénie et des psychoses. D'autres résultats indiquent que des approches explicatives auto-immunes sont possibles pour les troubles bipolaires ou la maladie d'Alzheimer. Avec l'introduction de nouvelles techniques immunologiques et l'expansion de la recherche immuno-neuropsychiatrique, des preuves s'accumulent selon lesquelles certains troubles psychiatriques possèdent  une base auto-immune. Il n'y a que quelques revues qualitatives décrivant l’association entre la thyroïdite auto-immune, la dépression et les troubles anxieux, alors qu'il n'existe pas d'analyse quantitative sur ce sujet.   Dans cette perspective, cette première méta-analyse de la littérature contribuera à clarifier d’avantage les associations psychiatriques avec la maladie thyroïdienne auto-immune.

L’objectif de cette étude est de fournir des données méta-analytiques sur l'association de la dépression et de l'anxiété avec la thyroïdite auto-immune.

Méthode

Les auteurs ont fait une revue de tous les articles publiés jusqu’au 5 décembre 2017 en Anglais et en Allemand, à partir de Google Scholar, les bases de données « Hôte EBSCO » incluant PsycINFO, PsycArticles, PSYNDEX, ERIC, Medline , « the Web of Knowledge » et «  PubMed ».

Les études cas-témoins qui ont signalé l'association entre la TAI et la dépression ou les troubles anxieux ou les deux étaient incluses.

L'extraction des données a été effectuée par plusieurs observateurs suivant les directives PRISMA. Deux méta-analyses à effets aléatoires univariées ont été réalisées, et les modérateurs ont été testés avec une analyse de méta-régression corrigée par Bonferroni. L'hétérogénéité a été évaluée avec la statistique I2. Les analyses de sensibilité ont testé la robustesse des résultats.

Résultats

Dix-neuf études comprenant 21 échantillons indépendants ont été incluses, avec un total de 36 174 participants (35 168 pour la dépression et 34 094 pour l'anxiété). Les auteurs ont constaté que le risque de développer des symptômes dépressifs est 3,5 fois plus élevé chez les patients présentant une thyroïdite auto-immune par rapport aux patients témoins en bonne santé (OR, 3,56; IC 95%, 2,14-5,94). Ils ont constaté également que le risque de développer des troubles anxieux est 2,3 plus élevé chez les patients atteints d’une TAI par rapport aux patients  témoins en bonne santé (OR, 2,32; IC 95%, 1.40-3.85).

 Il y’avait des valeurs d'hétérogénéité significatives, à la fois pour le modèle de dépression (Q = 205,8, P <0,001; I 2 = 92,1%) et le modèle d'anxiété (Q = 104,4; P <0,001; I2 = 89,8%). Les analyses de sensibilité n'ont révélé aucune valeur aberrante statistique à l'exception d'une étude qui a  touché la limite supérieure de la plage résiduelle acceptable (-3 à 3). Ainsi, la robustesse des résultats a été confirmée.

 

Discussion

Sur la base d'une prévalence générale de 6,6%  pour la dépression sur 12 mois et d'une prévalence générale de 18,1% pour les troubles anxieux aux Etats-Unis, nous concluons avec des OR de 3,56 (dépression) et 2,32 (anxiété) qu’environ 23,8 % des patients souffrant de TAI souffrent de dépression et environ 41,6% d'entre eux souffrent de troubles anxieux. Cela signifie que 3% de la population américaine (environ 9,7 millions de personnes) souffre d’une dépression et que 5,4% de la population américaine (environ 17,5 millions de personnes) souffre de troubles anxieux concomitamment avec une TAI.

Les taux de prévalence de la TAI dans les pays européens sont comparables à ceux de cette étude, variant entre 5 et 14%, ce qui souligne la pertinence globale de ces résultats. En supposant que la dépression et les troubles anxieux sont des maladies qui apparaissent souvent avec une comorbidité allant jusqu'à 57,5%. les patients atteints d’une TAI ont un risque élevé de dépression et de trouble anxieux combinés.

Ces données amplifient la pertinence de cette  revue méta-analytique. Sur trois modérateurs (qualité de l'étude, proportion de femmes et âge moyen), seul l'âge moyen a modifié l'association entre la TAI et la dépression.

Marangell et Callahan ont décrit les premières études qui étudient un lien entre la glande thyroïde et le cerveau en utilisant des modèles de tomographie par émission de positrons, Hendrick et ses collaborateurs soulignent une fréquence élevée d'hypothyroïdie chez les patients souffrant de dépression résistante à la thérapie. Malgré ces éléments, aucune association directe entre des altérations particulières dans les régions du cerveau à cause de la TAI et le développement d'un trouble dépressif n'a été trouvée.

En ce qui concerne l'anxiété, les premiers symptômes chez les patients atteints d'hypothyroïdie sont souvent une agitation extrême. Comme certains des symptômes de l'hypothyroïdie comprennent une tension artérielle plus élevée et des sensations de tachycardie nocturne, on peut présumer que cette affection entraîne facilement le  développement d’un trouble anxieux généralisé. La thyroïdite auto-immune peut apparaître en phase euthyroïdienne  ou en hypothyroïdie. En ce qui concerne la pharmacothérapie, en plus du traitement à base de lévothyroxine, la supplémentation en sélénium peut aider à réduire la quantité d'anticorps thyroïdiens et à améliorer l'humeur ou le bien-être. En outre, une administration précoce d'antidépresseurs pourrait être indiquée pour atténuer l'évolution chronique de la TAI.

Le métabolisme de la thyroïde est associé au système de la sérotonine cérébrale, ainsi les inhibiteurs sélectifs de recapture  de la sérotonine sont des médicaments appropriés pour traiter la dépression chez les patients atteints de TIA. Cependant, les antidépresseurs tricycliques ne conviennent pas à ces patients, vu leurs effets secondaires.

Les patients atteints de TIA et ne présentant aucun symptôme de dépression ou d'anxiété doivent être conscients de la vulnérabilité à développer des troubles psychiatriques. En conséquence, un dépistage des symptômes psychiatriques est recommandé chez les patients atteints de TIA et le dépistage d’une TIA est recommandé chez les patients souffrant de dépression et de troubles anxieux. Le dépistage ne doit pas être limité au dosage de la TSH ou des  hormones thyroïdiennes   libres, mais doit également comprendre des anticorps anti-peroxydase thyroïdienne.

Conclusion

La thyroïdite auto-immune est associée à des troubles dépressifs et anxieux.  La recherche dans ce domaine permettra dans l’avenir d’établir des tests de dépistage. Ceci permettra une prise en charge diagnostic et thérapeutique précoce et adéquate.

 

DR OUAZZANI YOUSSEF

Service de Psychiatrie

 CHU Hassan II Fès

                                                                                                                             Le 24/05/2018

 


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