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ASSOCIATION ENTRE CONTRACEPTION HORMONALE, TENTATIVES DE SUICIDE ET SUICIDE


Paru dans Am J Psychiatry 175:4, April 2018

La contraception hormonale est utilisée dans le monde entier par plus de 100 millions de femmes pour éviter les grossesses non désirées, soulager les douleurs menstruelles, les saignements abondants, le syndrome prémenstruel et aussi dans un but de traitement de l'acné.

L'utilisation de la contraception hormonale a été associée à la dépression avec une augmentation du  risque  suicidaire et de tentatives de suicide.

Dans la présente étude, ont été suivi une cohorte de femmes 15 ans, avant leur première utilisation de contraceptifs hormonaux, pour évaluer leur utilisation quotidienne de la contraception hormonale et le risque d'une première tentative de suicide ou d'un suicide.

Les auteurs ont évalué les associations entre la contraception hormonale et tentative de suicide et suicide dans une étude de cohorte prospective de toutes les femmes danoises qui n'avaient pas de diagnostics psychiatriques, ni d’usage d'antidépresseurs ou de contraceptifs hormonaux ni antécédent de cancer, ou de thrombose veineuse avant l'âge de 15 ans et qui ont eu 15 ans pendant la période d'étude qui s’est étendue entre 1996 et  2013.

Les registres nationaux ont fourni des informations mises à jour individuellement sur l'utilisation de la contraception hormonale, les tentatives de suicide, et le suicide.

Les diagnostics psychiatriques ou l'utilisation d'antidépresseurs au cours de la période d'étude ont été considérés comme des médiateurs potentiels entre l'utilisation de contraceptifs hormonaux et le risque de tentative de suicide. Le risque de tentative de suicide et de suicide a été estimé pour les utilisateurs de contraception par rapport à ceux qui n'en ont pas utilisé.

Parmi près d'un demi-million de femmes suivies en moyenne pendant 8,3 ans avec un âge moyen de 21 ans, 6 999 premières tentatives de suicide et 71 suicides ont été identifiés. Comparativement aux femmes qui n'ont jamais utilisé de contraceptifs hormonaux, le risque relatif chez les utilisatrices actuelles et récentes était de 1,97 (IC à 95% = 1,85-2,10) pour une tentative de suicide et de 3,08 (IC à 95% = 1,34-7,08) pour le suicide.

Les estimations du risque de tentative de suicide étaient de 1,91 (IC à 95% = 1,79-2,03) pour les produits combinés oraux, 2,29 (IC à 95% = 1,77-2,95) pour les contraceptifs oraux à base de progestatifs, 2,58 (IC à 95% = 2,06-3,22) pour les anneaux vaginaux, et 3,28 (IC à 95% = 2,08-5,16) pour le patch. L'association entre l'utilisation de contraceptifs hormonaux et une première tentative de suicide a atteint un sommet après 2 mois d'utilisation.

Les auteurs n’ont trouvé aucune étude évaluant l'association entre l’utilisation des  contraceptifs hormonaux et le risque de tentatives de suicide. Cinq études ont évalué l'association entre l'utilisation de la contraception hormonale et le risque de décès toutes causes confondues, y compris  par suicide, et la plupart de ces études n'ont trouvé aucune association statistiquement significative
L'étude avec le plus grand nombre de suicides a toutefois montré un risque relatif de suicide statistiquement significatif de 1,4 (IC à 95% =1.05–1.87)  chez les utilisatrices de contraceptifs oraux comparativement aux non utilisatrices.
Une limitation des études publiées est l'inclusion des femmes âgées de plus de 25 ans, ce qui est en moyenne plusieurs années après qu'ils ont commencé à utiliser la contraception hormonale.

Vu que les perturbations de l'humeur sont une raison connue d'arrêt  de la contraception  hormonale, l'inclusion des femmes plusieurs années après avoir commencé à utiliser des contraceptifs hormonaux est susceptible de provoquer une sélection de ces femmes qui l’ont pu tolérer, entraînant ainsi une sous-estimation de toute association potentielle entre l'utilisation de contraceptifs hormonaux et le risque de suicide.

Dans une étude de cohorte prospective, une association a été objectivée entre la contraception hormonale et la dépression, cette association était plus fréquente chez les adolescentes. L'adolescence étant une période caractérisée par des  changements des hormones sexuelles et des exigences culturelles et sociales, susceptibles d'accroître l'influence de tout facteur supplémentaire pouvant causer des troubles de l'humeur, comme l'utilisation de la contraception hormonale.

Chez les femmes âgées de 15 à 33 ans, l'utilisation de contraceptifs hormonaux était donc associée à une première tentative de suicide, comparativement aux personnes qui n'en avaient jamais consommé et les adolescentes ont présenté les risques relatifs les plus élevés. D’autres études doivent être réalisées dans ce sens pour confirmer ces constats.

Dr Narjisse Lahlali

Service  de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 29/04/2018

 


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